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 Croyance vs expérience subjective

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Invité
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MessageSujet: Croyance vs expérience subjective   Ven 18 Juin - 11:45

Extraits d’une lettre de Carl Jung au Dr. Bernhard Lang

« Prenez … le croyant qui présente la même attitude de foi que Buber. Il vit dans le même monde que moi, c’est en apparence un homme comme vous et moi. Mais si je doute quant à l’absolue validité de son assertion, il me représente qu’il est l’heureux possesseur d’un organe de réception qui lui permet d’accueillir et de connaître la transcendance. Je suis par là poussé à réfléchir sur moi-même et à me demander si moi aussi je possède un tel « récepteur » qui peut rendre connaissable la transcendance, c’est-à-dire ce qui dépasse la conscience et est donc, par définition, inconnaissable. Or je ne trouve rien de tel en moi. Je trouve par exemple que je ne suis pas en mesure de connaître ce qui est infini et éternel, ou ce qui est contradictoire, parce que cela dépasse mes facultés. Je peux certes dire que je sais ce qui est infini et éternel; je peux même affirmer que j’en ai fait l’expérience; mais le connaître, c’est impossible, parce que l’être humain n’est ni infini ni éternel. Nous ne pouvons connaître que des parties, et non une totalité éternelle et infinie. Quand donc le croyant m’assure que je suis dépourvu, moi, de l’organe qu’il possède, lui, il attire mon attention sur mon humanité, c'est-à-dire sur ma finitude, dont il prétend être exempt. Il est, lui, l’être supérieur qui constate pour ainsi dire avec commisération que je suis infirme ou estropié. C’est pourquoi je parle alors, moi, des « beati possidentes » de la foi; et c’est cela que je représente aux croyants de cette espèce : ils se mettent au-dessus de la mesure humaine et de la finitude humaine, et ne veulent pas admettre qu’ils se vantent en prétendant posséder un bien qui les distingue de l’humanité ordinaire. Ce que je professe au départ, c’est le non-savoir, le non-connaître et le non-pouvoir. Les croyants partent, eux, de l’affirmation d’un savoir, d’un connaître et d’un pouvoir. Il n’y a qu’une vérité; or quand nous leur demandons, aux croyants, ce qu’elle est, cette vérité, ils nous donnent toute une série de réponses des plus variées, à propos desquelles une chose et une seule est sûre : c’est que chaque croyant proclame sa vérité propre et particulière; au lieu de dire : il me semble à moi personnellement que c’est ainsi, il dit « c’est ainsi », et du coup tous les autres sont ipso facto dans l’erreur.

Mon avis, c’est qu’il serait plus humain, plus décent et d’ailleurs plus adéquat de commencer par nous informer soigneusement de ce que les autres pensent, et de nous exprimer en conséquence de façon moins absolue. Cela serait plus profitable à l’intérêt général que d’adhérer à des opinions subjectives et de condamner comme autant d’erreurs les opinions différentes. En effet, si nous ne faisons pas cela, la conséquence inéluctable en est que seule notre opinion subjective est valable, et qu’en fin de compte il n’y a que moi qui possède le bon récepteur et que de ce fait tous les autres sont des infirmes privés de cet organe si important qu’est, pense-t-on, la foi. »

« Je ne prétends pas, dans ma limitation humaine, connaître Dieu, et je ne peux faire autrement que de considérer comme relative parce que subjectivement déterminée toute assertion sur Dieu ou sur d’autres choses de ce genre – et cela par respect envers mes frères dont la conception différente ou la foi différente a tout autant droit à l’existence que la mienne. »

« Je suis malheureusement obligé de dire que tout ce que les humains affirment au sujet de Dieu n’est que pur bavardage; car nul ne peut connaître Dieu. Connaître quelque chose, cela signifie en effet le voir de telle façon que tous puissent le voir aussi, et affirmer une connaissance que je suis seul à avoir, cela n’a pour moi absolument aucun sens. Les gens qui le font, c’est à l’asile qu’on les rencontre. Je tiens en conséquence qu’il est absolument fallacieux de dire que la foi serait une connaissance. Ce qui arrive en fait à ces gens (ceux qui affirment de telles choses), c’est qu’ils ont été subjugués par une expérience intérieure. Ils en font alors une interprétation totalement subjective, à laquelle ils croient au lieu de rester fidèles au sens de leur expérience dans ce qu’elle avait d’authentique. » « C’est là un phénomène typique de la foi, et il montre comment se constitue une telle « connaissance par la foi ». Comme cette prétendue connaissance est illégitime, elle entraîne en raison d’une incertitude profonde un comportement fanatique et confère un zèle missionnaire visant à empêcher, par le consensus du plus grand nombre, que ne soit ébranlée la certitude sans cela quelque peu vacillante d’une interprétation subjective. Par son caractère indubitable l’expérience intérieure confère, elle, une bien plus grande certitude que l’interprétation que l’on entreprend d’en faire. »

« Puisque vous me demandez si je fais partie des croyants, je suis obligé de vous répondre : non. Je suis certes fidèle à mon expérience intérieure et j’ai la « pistis » au sens paulinien*, mais je n’ai pas l’arrogance de croire en mon interprétation subjective, ce qui me paraîtrait d’ailleurs, par rapport à mes frères humains, choquant au-delà de toute mesure. Croire que je suis ou que quiconque d’autre est en possession d’une vérité absolue, ou que je suis le porteur d’une grâce particulière, pourvu d’un organe de plus que les autres, voilà qui m’inspire une « profonde horreur ». Je considère cette inconvenance, je l’ai dit, comme un défaut psychologique, en l’occurrence une inflation larvée. »

« L’interprétation de la foi tente de présenter le contenu de l’expérience, par exemple d’une vision, comme l’apparition visible d’une existence transcendante, et prétend que cette représentation est la vérité absolue. A cette interprétation-là j’oppose ma conception, qui est aussi en un certain sens une interprétation. Elle interprète en se fondant sur l’étude comparative de toutes les interprétations traditionnelles, et ne prétend pas percevoir par là la réalité transcendante en elle-même mais insiste seulement sur la réalité du fait qu’il y a bien eu expérience vécue et qu’elle est ce qu’elle est, telle qu’elle a été vécue. Je compare cette expérience vécue avec toutes les autres de même nature et j’arrive à l’hypothèse que dans la sphère de l’inconscient il s’est passé quelque chose qui se manifeste sous des formes très diverses. J’ai conscience que cela s’est réellement passé. Je ne sais pas, en revanche, en quoi consiste ce qui s’est passé, si c’est psychique, si cela vient d’un ange, ou de Dieu lui-même. Ces questions, il nous faut bien les laisser ouvertes, et aucune foi ne nous permettra de franchir la limite : nous n’en savons rien et nous ne pouvons rien en savoir. »

Carl Jung – Correspondance 1955-1957

* Par « pistis », Jung entend : « Fidélité (loyauté), foi et confiance à l’égard d’une certaine expérience aux effets numineux (…); la conversion de Paul en est un exemple frappant. » (Psychologie et Religion, 1940)
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Hélène

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Localisation : Montréal Parc Lafontaine

MessageSujet: Re: Croyance vs expérience subjective   Ven 18 Juin - 11:52

Ca ressemble drôlement à St-Thomas d'Acquin qui a écrit sa Somme théologique... et qui voulait brûler ses écrits après.... Vous savez que les dernières années il les a passé dans un silence absolu.. Il avait "senti" sa spiritualité au fond de son âme! Il n'était plus capable de dire quoi que ce soit!

Très intéressant Michtou

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Nous ne pouvons maîtriser notre faiblesse en la combattant ou en essayant de raisonner à son sujet. Nous dépassons notre faiblesse en la laissant derrière nous. Ce qui signifie que nous prenons conscience des tendances qui nous tirent vers le bas, qui n'alimentent pas notre foi en nous-mêmes, qui ne favorisent pas l'amour de soi, en affirmant: "Désormais je ne souhaite plus être ainsi" Stuart Wilde
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